9178-3472 Québec inc. c. M.R.N.
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9178-3472 Québec inc. c. M.R.N. Base de données – Cour (s) Jugements de la Cour canadienne de l'impôt Date 2019-01-17 Référence neutre 2019 CCI 15 Numéro de dossier 2016-915(EI), 2017-1261(EI), 2017-1263(EI), 2017-2212(EI) Juges et Officiers taxateurs Lucie Lamarre Sujets Loi sur l'assurance-emploi Contenu de la décision Dossiers : 2016-915(EI) 2017-1261(EI) 2017-1263(EI) ENTRE : 9178-3472 QUÉBEC INC., appelante, et LE MINISTRE DU REVENU NATIONAL, intimé, Dossier : 2017-2212(EI) ENTRE : 9178-3472 QUÉBEC INC., appelante, et LE MINISTRE DU REVENU NATIONAL, intimé, et Martin Demers, Claude-Richard Carbonneau, Claude Larose, Georges Flahiff, Jacques Louis, intervenants. Appels entendus sur preuve commune les 22 et 23 octobre 2018, à Montréal (Québec) Devant : L'honorable Lucie Lamarre, juge en chef adjointe Comparutions : Avocat de l'appelante : Me James Bonhomme Avocat de l'intimé : Me Mathieu Tanguay Intervenants présents: Martin Demers, Claude Larose, Georges Flahiff JUGEMENT Les appels sont rejetés. Les décisions du ministre du Revenu national (Ministre) qui ont mené à l’établissement, à l’encontre de l’appelante, de cotisations au titre de l’assurance-emploi à l’égard de la rémunération assurable versée aux 218 travailleurs, dont les noms apparaissent à l’annexe A des motifs de jugement pour les années 2014, 2015 et 2016 dans le dossier 2017-2212(EI) sont maintenues. Les décisions rendues par le ministre dans les dossiers 2017-1263(EI), 2017-1261(EI) et 2016-915(EI) sont éga…
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9178-3472 Québec inc. c. M.R.N. Base de données – Cour (s) Jugements de la Cour canadienne de l'impôt Date 2019-01-17 Référence neutre 2019 CCI 15 Numéro de dossier 2016-915(EI), 2017-1261(EI), 2017-1263(EI), 2017-2212(EI) Juges et Officiers taxateurs Lucie Lamarre Sujets Loi sur l'assurance-emploi Contenu de la décision Dossiers : 2016-915(EI) 2017-1261(EI) 2017-1263(EI) ENTRE : 9178-3472 QUÉBEC INC., appelante, et LE MINISTRE DU REVENU NATIONAL, intimé, Dossier : 2017-2212(EI) ENTRE : 9178-3472 QUÉBEC INC., appelante, et LE MINISTRE DU REVENU NATIONAL, intimé, et Martin Demers, Claude-Richard Carbonneau, Claude Larose, Georges Flahiff, Jacques Louis, intervenants. Appels entendus sur preuve commune les 22 et 23 octobre 2018, à Montréal (Québec) Devant : L'honorable Lucie Lamarre, juge en chef adjointe Comparutions : Avocat de l'appelante : Me James Bonhomme Avocat de l'intimé : Me Mathieu Tanguay Intervenants présents: Martin Demers, Claude Larose, Georges Flahiff JUGEMENT Les appels sont rejetés. Les décisions du ministre du Revenu national (Ministre) qui ont mené à l’établissement, à l’encontre de l’appelante, de cotisations au titre de l’assurance-emploi à l’égard de la rémunération assurable versée aux 218 travailleurs, dont les noms apparaissent à l’annexe A des motifs de jugement pour les années 2014, 2015 et 2016 dans le dossier 2017-2212(EI) sont maintenues. Les décisions rendues par le ministre dans les dossiers 2017-1263(EI), 2017-1261(EI) et 2016-915(EI) sont également confirmées. Le tout selon les motifs du jugement ci-joints. Signé à Ottawa, Canada, ce 17e jour de janvier 2019. « Lucie Lamarre » Juge en chef adjointe Lamarre Référence : 2019 CCI 15 Date : 20190117 Dossiers : 2016-915(EI) 2017-1261(EI) 2017-1263(EI) ENTRE : 9178-3472 QUÉBEC INC., appelante, et LE MINISTRE DU REVENU NATIONAL, intimé, Dossier : 2017-2212(EI) ENTRE : 9178-3472 QUÉBEC INC., appelante, et LE MINISTRE DU REVENU NATIONAL, intimé, et Martin Demers, Claude-Richard Carbonneau, Claude Larose, Georges Flahiff, Jacques Louis, intervenants. MOTIFS DU JUGEMENT La juge en chef adjointe Lamarre [1] Il s’agit d’appels de décisions du ministre du Revenu national (ministre) qui ont mené à l’établissement, à l’encontre de l’appelante, de cotisations au titre de l’assurance-emploi à l’égard de la rémunération assurable versée à 218 travailleurs, dont les noms apparaissent à l’annexe A des présents motifs, pour les années 2014, 2015 et 2016 (période du 1er janvier 2014 au 5 mai 2016) (dossier 2017-2212(EI)). [2] Il s’agit également d’appels portant sur la décision du ministre de déclarer assurables les emplois occupés par les neuf travailleurs dont les noms apparaissent à l’annexe B des présents motifs entre le 1er janvier 2014 et le 5 mai 2016 (dossier 2017-1263(EI)), l’emploi de Josée Casavant pour les périodes du 29 septembre 2014 au 26 octobre 2015 et du 1er février 2016 au 5 mai 2016 (dossier 2017-1261(EI)) et finalement celui de Aliaksandr Shytsikau pour les périodes du 14 au 20 mars 2014 et du 18 avril 2014 au 27 janvier 2015 (dossier 2016-915(EI)). Il est à noter que ces onze travailleurs pour lesquels des appels ont été logés séparément font déjà partie des 218 travailleurs pour lesquels des cotisations ont été établies et pour lesquels l’appel dans le dossier 2017-2212(EI) a été logé. [3] Dans tous les cas, le ministre a conclu que tous ces travailleurs occupaient un emploi assurable au cours des périodes en litige aux termes de l’alinéa 5(1)a) de la Loi sur l’assurance-emploi, alors qu’ils rendaient des services à l’appelante, ce qui est contesté par cette dernière, qui les considère comme des travailleurs autonomes. Faits [4] Il est admis que l’appelante exploite une entreprise de distribution de journaux sous le nom de Gama Média (Gama), lesquels sont distribués dans différents sites publics de la région de Montréal. [5] À cet égard, l’appelante a conclu une convention de distribution avec Messageries Dynamiques, une division de Réseau Québecor Média Inc. [6] Les travailleurs visés dans le présent litige ont été engagés par l’appelante pour faire la distribution du journal 24 HEURES dans les stations de métro de la région de Montréal. Ils ont tous été engagés verbalement. À part quelques exceptions, ils se sont tous fait dire par un représentant de l’appelante qu’ils étaient engagés en tant que travailleurs autonomes. [7] La question de l’assurabilité de ces travailleurs a été abordée en tout premier lieu suite à la demande d’assurance-emploi faite par Aliaksandr Shytsikau, après qu’il eut cessé de travailler pour Gama le 27 janvier 2015. La décision rendue par la division des appels de l’Agence du revenu du Canada (ARC) en décembre 2015 concluait à l’assurabilité de son emploi. [8] À la suite d’une demande de décision faite par la section de l’examen des comptes de fiducie, la division des décisions RPC/AE du Bureau des services fiscaux de l’Est du Québec a statué que les neuf travailleurs de l’annexe B occupaient également des emplois assurables. Cette décision a été confirmée par Arona Mbaye, l’agent des appels qui a témoigné à l’audience. Suite à cette décision et à une autre, rendue dans le dossier de Josée Casavant, M. Mbaye s’est penché sur le statut des 218 travailleurs énumérés à l’annexe A, lesquels incluent ces onze travailleurs pour lesquels une décision avait déjà été rendue. Dans le cadre de cette analyse, il a interrogé un certain nombre de personnes en fonction d’un échantillonnage de travailleurs ayant travaillé pour une période assez longue pour Gama. [9] J’ai entendu à l’audience le témoignage de huit travailleurs, de même que celui du président de Gama, M. Mario Gandolfo, et de l’agent des appels pour le ministre, M. Mbaye. Témoins de l’appelante [10] Je note qu’aucun des témoins de l’appelante ne semble faire partie des travailleurs faisant l’objet des cotisations en litige puisque leurs noms n’apparaissent pas dans l’annexe A. 1er témoin: Hugo Bérubé [11] Il travaille comme crieur depuis 2016 pour Gama (le payeur). Il distribue des journaux. [12] Il a rencontré un dénommé Sami chez Gama et s’est fait offrir de travailler un bloc de trois heures, cinq jours par semaine, au salaire minimum (15 heures par semaine à 11,25 $ de l’heure en 2016), selon une entente verbale. Il ne fournit aucune facture. [13] Il reçoit un feuillet qui comprend tous les montants payés par dépôt direct dans l’année. Il ne reçoit aucun T4 ou T4A. [14] Il se déclare travailleur autonome. [15] Il a eu le choix de sa station de métro : d’abord la station McGill et ensuite Berri-UQAM quand elle s’est libérée. Il ne peut changer de station sans en parler avec Gama. [16] On ne lui a pas dit qu’il devait travailler exclusivement pour Gama. D’ailleurs, il travaille ailleurs à temps plein (40 heures par semaine) comme testeur vidéo. [17] Il travaille par bloc de trois heures, de 6 h à 9 h, du lundi au vendredi. [18] Il appelle le livreur avec son portable en arrivant pour l’informer qu’il a pris possession des journaux (300 en tout). [19] Quand il a fini de livrer ses journaux, il quitte. S’il reste des journaux à la fin de son bloc de trois heures, il appelle le livreur qui va venir les récupérer. [20] Il n’a reçu aucune formation et ne voit jamais personne de Gama. [21] Il ne distribuait pas de journaux pour d’autres. [22] S’il ne peut se présenter, il trouve un autre crieur pour le remplacer ou il appelle le livreur, qui se charge de trouver quelqu’un d’autre. [23] Il est arrivé une fois qu’il demande à un autre crieur de le remplacer et qu’il le paie. Ce crieur travaillait déjà pour Gama. Une autre fois, il n’a pas trouvé de remplaçant et il a joint le livreur pour que celui-ci trouve un remplaçant. S’il prend des vacances, c’est le livreur qui trouve le remplaçant. [24] Ses dépenses sont son cellulaire, sa carte d’autobus et ses vêtements qu’il utilise pour faire la distribution, qui se fait à l’extérieur des stations de métro. [25] Il se déclare travailleur autonome dans sa déclaration de revenus et réclame la déduction de ses dépenses de ses revenus. Il ne sait pas s’il est inscrit pour la TPS (c’est un comptable qui fait ses impôts). [26] Il ne reçoit ni bonus ni commission. Il n’y a pas moyen de faire plus de profit que le salaire payé pour son bloc de travail. [27] Il doit porter le dossard avec le logo du journal 24 HEURES. [28] Il n’a jamais reçu la visite d’un représentant de Gama. 2e témoin: Mike St-Laurent [29] Mike travaille à la station Henri-Bourassa depuis trois ans pour Gama (depuis février 2016) et a fait auparavant le même travail pendant trois ans pour le compétiteur Metro. Mike a décidé de passer chez Gama parce que Metro ne lui garantissait plus deux blocs de six heures par semaine et limitait les crieurs à un seul bloc de trois heures, alors que Gama a accepté de lui donner deux blocs de six heures. [30] Mike était déjà travailleur autonome et a conservé ce statut, déclarant ses revenus ainsi et réclamant la déduction des dépenses pour ses vêtements (bottes, manteau, vêtements chauds). [31] Mike prend les journaux le matin pour les distribuer mais n’appelle personne pour signaler sa présence. Mike ne voit jamais personne de Gama et, une fois la distribution terminée, retourne à la maison. [32] Ce témoin dit ne pas avoir eu besoin de formation et dit pouvoir travailler pour d’autres, se considérant libre. [33] Mike reçoit une rémunération qui correspond à l’équivalent du salaire minimum, sans bonus ni commission, selon une entente verbale avec le dirigeant de Gama, Mario Gandolfo. Pour faire plus d’argent, il aurait fallu faire plus d’heures. [34] Aucun T4 ni T4A ne lui est délivré. Seule la liste des montants versés en fin d’année lui est envoyée. Le témoin n’a pu dire s’il était inscrit pour la TPS. [35] Son horaire de travail est de midi à 18 h et le témoin n’a jamais vu personne de Gama sur les lieux. S’il reste des journaux non distribués à la fin de son bloc, Mike ne reste pas pour les distribuer. Aucune facture ni aucune feuille de temps n’est remplie. [36] Mike porte le dossard qu’on lui fournit pour l’identifier mais cela ne l’empêche pas de parler à l’occasion avec les crieurs qui travaillent pour Metro. [37] Le témoin dit ne pas prendre de vacances. 3e témoin: Sylvain Lapointe [38] Il était crieur pour Metro avant de se joindre à Gama en avril 2016. Il fait ce travail depuis 11 ans. [39] Il a négocié deux blocs de trois heures, non successifs pour avoir de la flexibilité (pour pouvoir s’occuper de sa mère malade), du lundi au vendredi. [40] Il commençait entre 5 h et 5 h 30 à la station Montmorency à Laval (600 journaux) et faisait un autre bloc de trois heures en après-midi (300 journaux) à la station de métro Cartier à Laval, où il commençait entre 14 h et 15 h 30. Ils étaient trois crieurs pour Gama et il y en avait un pour Metro à la station Montmorency. [41] Il lui arrivait aussi de travailler pour la société Intercontinental dans la distribution porte à porte de publi-sacs durant les week-ends. Dans ce cas, c’était des blocs de 10 heures. [42] Il change sa formule de présentation à chaque jour lorsqu’il fait la distribution de journaux. [43] Il n’a aucune interaction avec Gama et n’appelle pas pour signaler sa présence parce qu’il y a déjà deux autres crieurs présents. Il n’appelle pas non plus quand il quitte. [44] S’il doit se faire remplacer, il appelle un autre crieur et il paie lui-même ce dernier. En 2017, il s’est fait remplacer sept fois par un crieur de Gama et une fois par un crieur de Metro. [45] C’est important pour lui d’être un travailleur autonome car il a besoin d’avoir des heures flexibles. [46] Il a travaillé huit ou neuf ans pour Metro auparavant. [47] Il était rémunéré au salaire minimum, sans bonus ni commissions. [48] Il se déclare comme travailleur autonome dans ses déclarations fiscales et déduit ses dépenses (vêtements et passe de transport en commun). Il ne reçoit aucun T4 ou T4A et ne fait pas de factures. Il n’est pas inscrit pour la TPS. [49] Il porte le dossard, mais travaille quand même s’il ne l’a pas. Il n’appelle pas pour signaler sa présence à Gama. Une fois qu’il a distribué ses journaux, il quitte. [50] Il a pris trois semaines de vacances et il en a informé Gama, qui l’a fait remplacer pendant cette période. 4e témoin : Mario Gandolfo (président de Gama) [51] Selon ce témoin, l’entreprise se spécialise dans la distribution de journaux, mais exerce aussi des activités dans les domaines du transport, de l’entreposage et du déménagement. Le journal 24 HEURES, qui était appelé avant le journal Montréal Métropolitain, existe depuis 2001. [52] Gama a une entente avec Québecor pour la distribution des journaux 24 HEURES. C’est le plus gros client de Gama (plus de la moitié de son chiffre d’affaires). Québecor a une entente avec la Société de transport de Montréal (STM) pour que ses journaux soient livrés dans les stations de métro. Il ne faut pas que ces journaux traînent à l’extérieur, à la demande de la STM. [53] Pour exécuter son contrat avec Québecor, Gama a conclu des ententes avec des crieurs pour faire la distribution des journaux dans les stations de métro de la ville de Montréal. Entre 2001 et 2011, les crieurs faisaient la distribution à l’intérieur des stations. Entre 2011 et 2016, la distribution se faisait tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. On engage moins de crieurs à l’intérieur (90 crieurs) car il y a aussi des présentoirs dans lesquels les clients se servent directement. En février 2016, Gama n’a pu faire la distribution qu’à l’extérieur et elle a engagé 150 crieurs. Gama partage le marché de la distribution de journaux avec la société Metro. [54] Gama offre des blocs de trois heures selon des horaires spécifiques (de 5 h à 8 h, de 9 h à midi, de midi à 15 h et de 15 h à 18 h). On essaie de tenir compte des préférences des crieurs en les faisant travailler dans les stations de métro près de chez eux et selon les horaires qu’ils demandent, dans la mesure où il y a des postes vacants. [55] Les journaux sont livrés le matin à 4 h dans des sacs et on explique aux crieurs ce qu’on attend d’eux. Ils peuvent avoir à en mettre dans des présentoirs accessibles aux clients qui peuvent se servir eux-mêmes. Les crieurs doivent récupérer le restant des journaux et les distribuer. [56] Quand Gama engage les crieurs, on leur dit qu’ils sont engagés à titre d’entrepreneurs indépendants. Ils sont rémunérés au salaire minimum et ne sont pas payés les jours où ils ne travaillent pas (vacances, maladie, jours fériés). [57] Selon le témoin, le livreur passe entre 5 h et 6 h le matin pour s’assurer que les journaux ont été ramassés, mais il n’y a aucune supervision des crieurs. Lui-même se déplace également sur place pour voir si les journaux ne traînent pas. Il veut voir où le livreur a déposé les journaux et quelle quantité de journaux est disponible et voir sur le terrain comment cela fonctionne. Il regarde aussi comment fonctionne le compétiteur. [58] Toutefois, le témoin reconnaît que, selon l’entente avec Québecor, Gama doit veiller à ce que la distribution se fasse. Il est important pour Québecor qu’il y ait un crieur sur place. Il est arrivé au témoin de faire la distribution lui-même. Si un crieur ne peut se présenter, il doit aviser le livreur tôt le matin. Sinon, c’est le livreur qui va appeler le crieur absent. On demande au crieur de se trouver un remplaçant, que le crieur paie lui-même, mais s’il n’en trouve pas, c’est Gama qui s’en occupe en allant en chercher un dans sa banque de travailleurs occasionnels. Dans ce cas, c’est Gama qui paie ces travailleurs occasionnels. Si aucun crieur n’est disponible, le livreur va aller récupérer les journaux. [59] Selon le témoin, il y a certaines stations, comme celle de Berri-UQAM, où travaille Hugo Bérubé, où l’on demande au crieur d’appeler le livreur pour dire qu’il a pris possession des journaux. Il explique qu’on ne peut laisser traîner de journaux trop longtemps dans cette station très achalandée, pour des raisons de sécurité. [60] On demande aux crieurs de porter le dossard, à cause de l’entente avec Québecor, pour permettre de bien identifier les journaux 24 HEURES. Si le crieur l’a oublié, on lui prête un chandail avec le logo de 24 HEURES pour l’identifier. Apparemment, les crieurs d’eux-mêmes s’abstiennent de fumer ou de manger pendant la distribution. Ils font cela pendant des pauses quand l’achalandage est minime. Le témoin dit que les crieurs peuvent parler aux autres crieurs, qui travaillent pour le compétiteur, mais doivent se concentrer sur la distribution. [61] Le témoin dit qu’on n’exige pas des crieurs l’exclusivité parce qu’ils travaillent à temps partiel et sont autonomes. Toutefois, il reconnaît que pendant leur bloc de travail les crieurs ne peuvent travailler pour un compétiteur. [62] Le témoin dit que le crieur peut quitter avant la fin de son bloc horaire s’il n’a plus de journaux à distribuer. [63] Bruno, le frère du témoin, s’occupe de l’imprimerie et du transport. Il est arrivé à Bruno, ainsi qu’à un dénommé Sami, de faire des entrevues pour engager des crieurs. [64] En contre preuve, le témoin a reconnu que lui, son frère Bruno et Sami passaient régulièrement dans différentes stations (pas toutes parce qu’il y en a 68) pour voir si tout fonctionnait bien et faire la gestion du stock afin d’équilibrer le triage. Il a confirmé qu’il y avait 10 stations pour lesquelles on engageait plus que trois crieurs et que, dans les 58 autres, on n’envoyait qu’un seul crieur. Il a aussi confirmé qu’on voulait aussi s’assurer que les crieurs étaient sur place, présents. Si on ne recevait pas d’appel du crieur dans une station, le témoin ou un autre se rendait directement à la station pour voir si le crieur y était. Si le crieur n’y était pas, il essayait de le trouver et s’il demeurait sans nouvelles, il repartait avec les journaux. [65] Il n’y avait pas de consignes à donner aux crieurs sauf s’ils étaient nouveaux. [66] Le témoin a aussi mentionné qu’une grande proportion des crieurs quittaient Gama de leur propre chef. Il y a beaucoup de roulement dans ce travail. [67] Il a expliqué qu’en haute saison Gama distribuait 150 000 exemplaires par jour et que l’été cela baissait à entre 105 000 et 115 000. [68] Pour ce qui est de M. Levasseur (un témoin de l’intimé), qui a mentionné qu’on lui avait réduit ses heures en été parce qu’il n’y avait pas assez de journaux à distribuer, le témoin a mentionné que son frère Bruno lui avait sûrement proposé de lui en apporter d’autres et que M. Levasseur aurait décidé tout simplement de quitter. Bruno n’est pas venu témoigner. [69] Quant aux inspections-surprises, il a dit qu’il n’y en avait pas à sa connaissance et que c’était peut-être des représentants de Québecor qui en faisaient. [70] Dans la période en litige, Gama avait le contrat de distribuer à l’intérieur des stations et on engageait moins de crieurs (de 80 à 90 crieurs). [71] Selon lui, les trois crieurs appelés à la barre par Gama représentent plus fidèlement l’ensemble des crieurs que ceux appelés par l’intimé. On n’avait pas à les superviser (« coacher »); ils appelaient rarement; on allait les rencontrer; on n’avait pas de problème avec eux ; ils étaient autonomes. [72] Ils n’ont pas eu à suspendre un travailleur, à l’exception peut-être de M. Flahiff (un autre témoin de l’intimé). Témoins de l’intimé 5e témoin : Claude Larose [73] Ce témoin a déposé un avis d’intervention. [74] Il a travaillé neuf mois pour Gama en 2014. Il s’est fait engager par Sami, qui était son superviseur, d’abord pour travailler à la station de métro Langelier, et ensuite à la station de métro Joliette pour monter la station. Il travaillait cinq blocs de trois heures par semaine, le matin de 6 h à 9 h. Il était payé le salaire minimum (10,35 $ de l’heure) et a reçu une rémunération supplémentaire pour le temps supplémentaire passé à Joliette pour monter la station (10 $ à 15 $ de plus sur sa paie hebdomadaire), où il commençait à travailler à 5 h 30. Cela lui prenait 30 minutes pour monter la station (prendre les journaux, les compter et les mettre dans les présentoirs et ensuite compter le nombre de journaux restant et les remettre dans des sacs ; il comptait aussi les journaux Metro). Il n’a rien négocié et a accepté les conditions qu’on lui imposait. Il appelait Sami chaque matin en arrivant, et aussi en partant pour lui dire la quantité restante de journaux et le nombre de journaux écoulés. Parfois il oubliait et Sami n’était pas content. [75] Il ne pouvait pas quitter avant la fin de son bloc horaire. S’il n’avait plus de journaux, il devait aller en prendre dans les présentoirs. Sami ne venait pas souvent (peut-être deux ou trois fois), mais il devait l’appeler chaque jour. Sami pouvait lui dire d’augmenter la distribution. Quand il ne pouvait faire son bloc d’heures, il appelait Sami, qui trouvait un remplaçant. Le témoin ne savait pas qu’il pouvait se trouver lui-même un remplaçant. [76] Il n’avait pas de contrat. Il ne donnait aucune facture. On lui a dit qu’il était un travailleur autonome. Il était payé par chèque. Il déclarait ses revenus sous « autres revenus » mais n’a réclamé la déduction d’aucune dépense. Il n’était pas inscrit pour la TPS. [77] Il ne faisait pas la distribution d’autres journaux. 6e témoin : Georges Flahiff [78] Ce témoin a déposé un avis d’intervention. [79] Il a travaillé pour Gama cinq ou six mois en 2016 (du printemps au mois de décembre). [80] Il avait fait ce travail de camelot pour Metro pendant six ou sept ans. Il s’est fait engager par Bruno, qui lui avait dit qu’il était un travailleur autonome. Ce dernier lui aurait dit qu’il n’avait pas à déclarer ses revenus. Toutefois, il a admis qu’il n’avait jamais déclaré ses revenus lorsqu’il travaillait chez Metro et qu’on le considérait également comme un travailleur autonome. [81] Il était payé au salaire minimum, sans négociation. Il n’avait droit à aucun bonus ni commission. Il n’avait aucun contrat. [82] Son superviseur, Daniel Racette, était très exigeant. Le témoin travaillait de 6 h 30 à 9 h 30 et son superviseur pouvait lui demander de travailler en après-midi aussi. Il n’avait pas le droit de fumer ou de manger pendant la distribution et n’avait pas de pause-café. Il avait l’impression que M. Racette le surveillait de près, car il le croisait trois ou quatre fois dans la journée. Il ne savait pas toutefois que M. Racette faisait aussi de la distribution auprès de commerçants dans les mêmes environs. Mais il devait l’appeler en arrivant et M. Racette pouvait l’envoyer ailleurs pour écouler les journaux qui restaient. Il ne pouvait pas quitter avant la fin de son bloc horaire. [83] Il a travaillé dans l’ouest de la ville (stations Lucien-L’Allier, Guy‑Concordia et Berri-UQAM). Il ne pouvait pas parler trop longtemps à la clientèle et il lui était interdit de parler aux autres crieurs. [84] Il était payé au début par chèque et ensuite par dépôt direct. Il ne faisait pas de factures. Il n’était pas inscrit pour la TPS. Il a reçu une fiche faisant état de ses revenus totaux (5500 $). Il ne pouvait pas aller travailler pour le compétiteur. 7e témoin : M. Arona Mbaye, agent des appels ARC [85] La première demande d’assurabilité est venue d’Aliaksandr Shytsikau, qui a fait une demande d’assurance-emploi. Il n’avait pas de relevé d’emploi, mais la décision a été rendue de le rendre assurable. L’examinateur des comptes en fiducie (agent ACF) a ensuite fait la demande pour neuf autres travailleurs et la décision a été de les rendre assurables. [86] Des cotisations ont ensuite été établies pour les 218 travailleurs. En appel de ces cotisations, M. Mbaye a dit qu’il avait effectué 20 entrevues (M. Mbaye a expliqué qu’il avait fait une sélection représentative de personnes qui avaient travaillé au moins un an, selon un échantillonnage de 10 sur 100 lui permettant de vérifier la régularité des réponses) et a conclu à l’assurabilité des 218 travailleurs. Il a ainsi confirmé les cotisations. [87] Aucune période en litige n’est contestée, ni le quantum de la cotisation. Seule l’assurabilité des travailleurs est en cause. [88] Pour M. Mbaye, il est clair que le payeur considérait tous les travailleurs comme des travailleurs autonomes. Quant aux travailleurs, certains ne savaient pas ce qu’était un travailleur autonome et s’ils se considéraient ainsi, ce n’était pas par choix. Parmi les autres, il y en avait qui se considéraient comme des employés et d’autres qui se considéraient comme des travailleurs autonomes. [89] Le témoin dit que la majeure partie des travailleurs acceptaient d’être autonomes non par choix mais parce qu’ils devaient travailler. La plupart étaient sur l’aide sociale. Beaucoup n’ont pas déclaré leurs revenus par peur de perdre l’aide sociale. D’autres s’étaient fait dire que ce n’était pas nécessaire de déclarer leurs revenus car on ne leur remettait pas de T4. [90] Tous travaillaient à temps partiel (généralement six heures, le maximum étant 25 heures). Tout le monde gagnait un revenu inférieur à 30000 $. [91] En ce qui concerne l’exécution du travail, une des personnes interrogées était chef d’équipe et crieur en même temps. S’il y avait plus de trois crieurs dans une station, il y avait un chef d’équipe désigné qui assurait la liaison avec le payeur. Daniel Levasseur, lui aussi témoin en l’instance, était l’un d’eux. [92] Tout le monde était payé le salaire minimum. C’était à accepter sans négociation. Tous étaient payés selon le nombre d’heures travaillées, la plupart par dépôt direct. [93] Selon la majorité, ils devaient appeler en arrivant, et en partant pour indiquer le nombre de journaux distribués. Il y avait au moins cinq personnes qui supervisaient. C’était le chef d’équipe qui transmettait l’information lorsqu’il y avait plus d’un crieur sur place. [94] Tous avaient un contrat verbal de durée indéterminée. [95] Selon le témoin, les crieurs travaillaient exclusivement pour Gama selon l’horaire déterminé. Ils ont pratiquement tous dit qu’ils ne pouvaient pas travailler en même temps pour le compétiteur. [96] Selon le témoin, il y avait un contrôle. Il fallait distribuer rapidement les journaux et ne pas manger ni fumer pendant les blocs horaires. [97] Il y avait intégration parce que le travail de ces crieurs était intégré aux activités économiques quotidiennes du payeur, dont la principale source de revenus était la distribution de journaux. [98] Les blocs d’heures étaient prédéterminés par le payeur et les crieurs choisissaient le bloc horaire. Ils étaient payés à l’heure et ne pouvaient quitter avant d’avoir complété leur bloc horaire, et ils devaient aviser le chef d’équipe ou le superviseur. [99] Aucune marge de profit n’était possible puisqu’ils étaient payés uniquement pour leurs heures de travail. [100] Les témoins qui ont dit s’être fait remplacer parlaient pour l’année 2017, qui n’est pas en litige. [101] Les travailleurs devaient se conformer à une ligne de conduite. Le témoin s’est fait dire que les travailleurs pouvaient être suspendus s’ils ne se conformaient pas aux consignes. [102] Il a reconnu en contre-interrogatoire que le cas d’Aliaksandr Shytsikau a été très déterminant dans sa prise de décision. Il a regardé tous les faits dans leur ensemble. Il était d’avis que Gama exerçait un certain contrôle. Il n’a pu dire à quelle fréquence on allait sur place faire des visites-surprises. Il n’a pas pu dire non plus si d’autres avaient été congédiés ou suspendus. 8e témoin : Daniel Levasseur [103] Il a travaillé pour Gama d’octobre 2014 à juillet 2017. Au début, il a été engagé comme simple crieur. Il a d’abord eu une formation à la station de métro Henri-Bourassa d’une semaine et demie. Il a travaillé seul dans la station de métro Sauvé pendant un an et demi et ensuite à l’extérieur d’une autre station de métro avec d’autres crieurs. [104] Il a été désigné chef d’équipe par Gama et s’est fait expliquer qu’il devait veiller à ce que les autres crieurs portent le dossard et qu’il devait faire un rapport sur le nombre de journaux distribués dans la journée. Il a reconnu que ce rapport servait à des fins d’inventaire pour Gama, mais a aussi dit que Gama mettait de la pression sur lui et ses crieurs pour augmenter la distribution s’il restait trop de journaux. [105] Il était rémunéré au salaire minimum et ce, même en tant que chef d’équipe. Il ne recevait ni bonus ni commission. Pour faire plus d’argent, il fallait travailler plus de blocs d’heures. Il a lui-même travaillé trois blocs de trois heures par jour pendant quelques mois. [106] Le payeur l’a engagé comme un travailleur autonome et lui remettait en fin d’année une feuille résumant les gains de l’année pour qu’il puisse faire ses déclarations de revenus. [107] On lui assignait une station de métro et le bloc horaire. Lui-même se sentait plus un employé qu’un travailleur autonome. Il ne prenait aucune décision. [108] Comme chef d’équipe, il calculait le nombre de journaux (environ 2000 à 3000 en haute saison) qui devaient être écoulés dans le courant de la journée, vérifiait si tout le monde entrait à l’heure et appelait le superviseur pour l’en informer. Il appelait également le superviseur pour lui faire un compte rendu des journaux restant quand il quittait. Il devait les ramasser et les mettre à un certain endroit pour que le livreur vienne les récupérer. [109] Son superviseur était Bruno Gandolfo. [110] On demandait aux crieurs de porter un pantalon noir, qu’ils devaient se procurer à leurs frais. Gama fournissait le dossard — dans lequel le crieur devait insérer un journal dans une pochette dans le dos —, la casquette et le chandail. Si les crieurs ne portaient pas le costume, les conséquences se limitaient à des réprimandes verbales. [111] On leur demandait de ne pas fumer et on leur disait que fumer sur les lieux pouvait entraîner des conséquences sévères. [112] S’il devait se faire remplacer, c’était Gama qui s’en occupait. En deux ans, il s’est absenté deux fois. Il a pris des vacances aussi, à ses frais, et c’est Gama qui lui a trouvé un remplaçant. Il ne pouvait pas embaucher n’importe qui pour le remplacer. Il fallait passer par le bureau pour donner toutes sortes d’informations. [113] S’il n’y avait pas assez de journaux pour finir le bloc horaire, on essayait d’en trouver d’autres, et s’il n’y en avait plus, il quittait avant la fin du bloc horaire sans être payé pour le temps non travaillé. Ceci est arrivé l’été lorsqu’il y avait moins d’achalandage dans les métros et donc moins de journaux imprimés. [114] Les superviseurs passaient généralement pour voir le nombre de journaux et en laisser s’il en manquait. Ils pouvaient donner des conseils au passage et s’assurer que chacun portait son dossard pour être plus visible. Il semblait même dire qu’on pouvait aussi les observer de loin. [115] On leur mettait de la pression pour distribuer plus de journaux que le compétiteur. Mais il n’avait pas de consignes directes de ne pas travailler pour le compétiteur. [116] Il n’était pas inscrit pour la TPS et n’avait aucune dépense, même pas de téléphone cellulaire. Il appelait d’un téléphone public (c’était sa seule dépense). [117] Lui-même ne réprimandait pas les autres crieurs, mais il se faisait rappeler par le superviseur de le faire. Bruno passait en début et en fin de quart pour voir la quantité de journaux et en même temps vérifier si tout se passait bien et si les crieurs portaient le dossard. 9e témoin : Martin Demers [118] Ce témoin a déposé un avis d’intervention. [119] Il travaille pour Gama depuis le 31 janvier 2012 et y travaille encore. [120] Il a été engagé par un dénommé Fouad alors qu’il voulait se sortir de l’aide sociale. [121] On lui a demandé de se présenter la première fois à la station Henri Bourassa pour rencontrer une certaine Nathalie, qui lui a expliqué ce qu’il avait à faire. Il a eu une formation d’une journée. [122] On lui a octroyé le salaire minimum sans négociation : pas de bonus ni de commission. Il ne faisait pas de factures et n’avait aucune dépense. [123] On ne lui a jamais dit qu’il était un travailleur autonome. Il s’est toujours cru un salarié jusqu’en 2016 quand il a reçu une lettre de l’ARC lui disant qu’il devait payer des cotisations d’assurance-emploi. Même s’il n’y avait pas de retenues à la source sur son salaire, il s’est toujours considéré comme un salarié et a ainsi déclaré ses revenus au fisc. Selon lui, il n’avait pas la responsabilité de demander à l’employeur de lui remettre un T4. Son obligation était de déclarer ses revenus, ce qu’il a fait. [124] Outre la distribution des journaux, ses tâches consistaient à compter les journaux en arrivant et en partant et à aviser son superviseur du nombre en se servant de son téléphone cellulaire. Son superviseur disait qu’il avait besoin de cette information pour ajuster le stock, mais il mettait toujours la même quantité de journaux chaque matin, que le témoin lui ait dit la veille qu’il en restait ou qu’il lui ait dit qu’il n’en restait pas. [125] Il n’avait pas réellement de consignes, sauf celles de parler fort, de ne pas fumer ni parler au téléphone et de porter le dossard ou le manteau fourni par Gama, de même qu’un pantalon noir. Il a reçu ces consignes d’abord de Nathalie et ensuite de son superviseur Serge. S’il ne les respectait pas, il se faisait réprimander. On lui demandait aussi d’avoir le moins de contacts possibles avec ceux qui travaillaient pour le compétiteur. [126] Son horaire de 6 h à 9 h a été décidé par Gama. Il n’était pas libre de le modifier. Il aurait aussi travaillé des semaines de trois blocs de cinq heures par semaine, totalisant quinze heures par semaine. [127] S’il devait s’absenter ou quitter plus tôt, il n’était pas payé le plein montant pour son bloc horaire. Il était payé uniquement pour les heures où il travaillait. Cela est arrivé plus de cinq fois. [128] Son superviseur Serge passait en personne presque tous les jours. Parfois, Serge ne faisait que saluer le témoin de la main. S’il ne passait pas, le témoin devait l’appeler. [129] On lui proposait des formules à dire aux clients en distribuant ses journaux. [130] C’est Gama qui déterminait dans quelle station il travaillait. Il a travaillé aux stations Crémazie, Mont-Royal et finalement Laurier, plus près de chez lui. [131] S’il ne pouvait faire son bloc de travail ou s’il prenait des vacances, il avisait Gama, qui lui trouvait un remplaçant. [132] Outre le dossard et le manteau, Gama fournissait aussi deux t-shirts, une casquette et une tuque. 10e témoin : Aliaksandr Shytsikau [133] Il est un immigrant qui est arrivé au Canada en 2011. [134] Il a travaillé pour Gama du 14 mars 2014 au 20 mars 2014 et du 18 avril 2014 au 27 janvier 2015. On lui a dit qu’il était engagé comme travailleur autonome. [135] L’interruption entre le 20 mars 2014 et le 18 avril 2014 a été volontaire. Il est allé suivre une formation pour devenir préposé aux bénéficiaires, mais n’ayant pas réussi cette formation, il est revenu chez Gama ensuite. [136] Avant de travailler pour Gama, il avait travaillé comme camelot pour Distribution Métropolitain (Metro) dans les mêmes conditions, c’est-à-dire sans aucune retenue à la source comme travailleur autonome. Il a contacté Marc Bissonnette chez Gama. [137] On lui a offert le salaire minimum (tout comme chez Metro d’ailleurs). Il n’a signé aucun contrat et n’a rien négocié. [138] Il a travaillé à la station Angrignon près de chez lui et on lui a demandé d’être chef d’équipe. Il a demandé s’il pouvait avoir une augmentation de salaire comme chef d’équipe. En réponse, on lui aurait réduit le nombre d’heures de travail. Il dit qu’il travaillait sept heures par jour et, le lundi suivant sa demande d’augmentation, on lui a dit d’aller travailler à la station de métro Lasalle, où il était seul, pour un bloc de trois heures uniquement. Selon lui, il a été mis en disgrâce. Son superviseur Marc mettait lui-même les journaux dans les présentoirs à 6 h le matin et passait en voiture pour voir si le témoin y était. Ensuite, il a travaillé à la station de métro Jolicoeur et il mettait lui-même les journaux dans les présentoirs et son superviseur Marc passait plus souvent sur les lieux. Le témoin le contactait en rentrant chez lui (il n’avait pas de cellulaire) pour l’aviser du nombre restant de journaux. [139] Ses tâches consistaient à compter les journaux le matin, à mettre le nombre requis d’exemplaires dans les présentoirs et à aviser le superviseur du nombre d’exemplaires restants à la fin de son bloc horaire. Il arrivait à 5 h 30 et finissait à 9 h 30. [140] Il a reçu des consignes de Bruno, de Fouad et d’un autre. On lui a dit où s’installer pour la distribution (il y a trois sorties à la station Angrignon). Ils étaient deux ou trois crieurs et parfois quatre. Pour les vêtements, on lui demandait de porter un pantalon noir et des chaussures fermées. Il a dit que tous les crieurs connaissaient les consignes et lui-même n’intervenait pas si l’un d’eux ne s’y conformait pas. [141] Lorsqu’il s’est absenté pour sa formation au début de 2014, c’est Gama qui lui a trouvé un remplaçant. [142] Le 27 janvier 2015, sa dernière journée de travail, il a avisé Gama qu’il allait suivre une formation d’agent de sécurité d’une durée de deux jours. Il a dit à Marc que s’il réussissait il ne reviendrait pas. Quand il a rappelé Marc pour revenir travailler chez Gama, on lui a dit qu’il n’y avait plus de place. [143] C’est alors qu’il a demandé l’assurance-emploi. Il a reçu une lettre de l’ARC disant qu’il avait occupé un emploi assurable. C’est à ce moment qu’il s’est demandé ce qu’était la différence entre un travailleur autonome et un salarié. Il a alors réalisé qu’il était également un salarié quand il travaillait pour Metro. [144] Il a déclaré ses revenus soit comme revenus d’emploi, soit comme autres revenus dans les années en litige. Lorsqu’il a demandé un relevé d’emploi aux fins de l’assurance-emploi, on lui a envoyé à la place un relevé des montants qui lui avaient été versés dans l’année et un avis qu’il était un travailleur autonome. Arguments de l’appelante [145] L’appelante fait remarquer en tout premier lieu que l’intimé a admis dans sa réponse à l’avis d’appel que le travailleur n’était pas tenu de faire un compte rendu de son temps et de ses activités à l’appelante. L’appelante ne faisait que s’assurer que le travailleur se présentait à la station de transport en commun déterminée par les parties pour effectuer la distribution des journaux selon les termes de l’entente. En aucun temps, l’appelante ne dictait au travailleur la façon d’effectuer la distribution des journaux. Le travailleur était libre de distribuer les journaux de la façon qu’il jugeait la plus efficace dans les circonstances. De plus, l’appelante ne fournissait pas de formation au travailleur quant à la prestation de services (Avis d’appel, 2017-2212(EI) par. 16 ; Réponse à l’avis d’appel, 2017‑2212(EI) par. 1). [146] On a expliqué que si l’on accordait de l’importance à s’assurer que le crieur était sur place le matin, c’était tout simplement dans le but de s’assurer que les journaux ne traînent pas à l’entrée de la station de métro, à la demande de la STM. [147] Quant à la demande aux crieurs d’aviser Gama, à la fin de leur bloc horaire, du nombre d’exemplaires restants, on le faisait pour pouvoir gérer le stock et planifier le nombre de crieurs requis par station. [148] Par ailleurs, l’intimé a également admis dans sa réponse à l’avis d’appel que le travailleur était payé sur une base forfaitaire, équivalant à trois heures de travail au salaire minimum par jour et ce, même s’il était en mesure d’effectuer la distribution de journaux dans un délai plus court (Avis d’appel, 2017-2212(EI), par. 38 et Réponse à l’avis d’appel, 2017-2212(EI), par. 9). [149] Il a aussi été admis qu’on fournissait un manteau, un dossard et les journaux à distribuer au travailleur (Avis d’appel, par. 43 ; Réponse à l’avis d’appel, p
Source: decision.tcc-cci.gc.ca